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PETIT BERGER
UN FILM DE SAÏDOU DICKO (2011)Je suis devenu berger à 4 ans car j’avais un but. Mon but était de voir la fin de la terre, là où la terre et le ciel se croisent pour toucher le ciel car je ne pouvais pas le toucher en hauteur.
Le premier jour au lever du soleil, avec mon petit bâton, mon troupeau devant moi et le soleil derrière, me voilà parti pour la découverte du bout de l’horizon.
Une fois sorti du village, le troupeau a ralenti et s’est divisé pour brouter l’herbe. Mes espoirs ralentissaient en même temps que le troupeau car mon objectif était de me rendre à l’horizon avant le coucher du soleil.
Le soleil nous a rattrapés et à l’heure de midi, les animaux se sont mis à chercher l’ombre des arbres pour faire la sieste.
Le soleil nous a dépassés à la fin de la sieste et nous avons commencé à avancer tout doucement. Le découragement a commencé à grandir en moi.
Le soleil s’est couché à côté de nous derrière la colline. C’était l’heure de rentrer et je pensais que demain mon objectif serait atteint derrière la colline.
Nous avons pris la route du retour car il fallait rentrer à la maison avant la nuit. Nous avons parcouru une distance équivalente à Dakar-Gorée à pied.
Le deuxième jour, je me suis levé plus tôt que la veille pour dépasser la colline. Une fois que nous y sommes arrivés, j’ai vu une clairière immense et au bout de cette clairière se trouvait une petite forêt. Maintenant mon nouvel objectif était de dépasser la forêt.
Le troisième jour, je suis arrivé à la petite forêt. C’était une rivière entourée d’arbres. Je l’ai vite traversée et me voici encore devant une clairière au regard presque infini et, au bout, j’ai aperçu des bouts de collines.
Plus les jours passaient, plus je rencontrais des obstacles et plus mes objectifs étaient devant moi.
Un jour, au milieu d’une clairière au regard d’infini, j’ai regardé derrière moi et je me suis rendu compte que j’avais la même distance derrière. Ma déception fut grande, je venais de réaliser que je ne pourrai jamais toucher la grande calebasse bleue.
Après avoir digéré ma défaite, la joie est revenue car je venais de comprendre que j’avais trouvé la réponse à ma question tout seul : on ne peut pas toucher le ciel.
J’ai compris aussi que tout ce qu’on apprend par soi-même est inoubliable.
J’ai compris aussi que ma curiosité m’aidait à trouver des réponses à mes pensées.
J’ai compris aussi qu’à chaque pas gagné en avant, c’est un pas perdu en arrière car il faut rendre les pas pour rentrer à la maison.
J’ai aussi compris qu'aller le plus loin le plus vite possible, me faisait rater beaucoup de choses. J’ai compris aussi que ce qu’on apprend tout seul reste à jamais.
Après avoir compris tout ça, j’ai décidé d’être élève de la vie et écolier de la nature.
Me voici parti pour un nouveau départ en tant que vrai petit berger.
Tous les jours, je prenais la même direction mais jamais le même chemin. Je passais mes journées à escalader des arbres, à monter des collines, à marcher sur les vagues de la mer inondées de dunes. Je marchais sur l’eau trempée de soleil qui pleut à cinquante degrés. J’étais très désaltéré avec ma gourde pleine d’air froid devant des ruisseaux de pluie de soleil, et soudain, j’ai eu soif après avoir vidé ma gourde avec une boisson ocrée dans une rivière.
La journée a continué avec le soleil qui transformait les arbustes en arbres noirs qui étaient les bienvenus pour s’abriter de la lumière à trente cinq degrés. Les arbres noirs grandissent très vite en absorbant la lumière.
Le soleil rougit car il a perdu sa lumière face à l’ombre. Belle victoire de l’ombre qui efface le soleil ! L’ombre grandit et ma vue diminue, la chaleur à douze degrés se fait sentir.
Il est temps de demander l’hospitalité à la nature, de nous offrir quelques fagots pour faire une flamme, pour s’abriter des chaleurs de douze degrés.
La nature a été généreuse. Je suis à côté de la flamme, il est temps d’appeler mes deux troupeaux. J’ai appelé la première troupe : les chèvres, elles sont toutes présentes et arrivent individuellement. J’ai appelé la deuxième troupe : les moutons, ils sont aussi tous présents et arrivent en groupe.
Nous voici autour de la flamme pour une répétition de bêlements. Nous chantons jusqu’à l’arrivée du sommeil.
Le sommeil est passé sans me prévenir, comme d’habitude. Je suis désolé, je ne pourrais pas vous décrire le sommeil car à chaque fois qu’il arrive, je dors et quand je me réveille, il est parti.
Je me suis réveillé au milieu d'une clairière grande comme l'infini. J’ai passé une nuit à l'ombre de la lune sous un arbre au milieu d'un océan.
Je me suis fait réveiller le matin par le bruit d'un troupeau de fourmis. Une nuit d'Harmattan au Sahel, autour d'une flamme, des fagots entourés par une chorale et une troupe d'élèves coraniques qui bêlent avec des feux d'artifice d'étoiles et la lune qui rivalise avec notre flamme et le soleil qui nous réveille tôt le matin à dix heures car le sommeil est venu tard après la prière de quatre heure et demi.
PETIT BERGER: UN FILM DE SAÏDOU DICKO (2011)
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