Art Brussels: Bruxelles, Belgique
La galerie AFIKARIS est heureuse de présenter, pour l'édition 2026 de Art Brussels, une exposition monographique de Jean David Nkot. Cette nouvelle série s’inscrit dans la continuité de la recherche développée par l’artiste, notamment à l’occasion de son exposition Théâtre des corps, drame de la matière (2025), tout en marquant une évolution vers un langage plastique plus ouvertement tridimensionnel, où peinture et sculpture tendent à se rejoindre.
Ancrée dans un réalisme à la fois matériel et émotionnel, la pratique de Jean David Nkot demeure traversée par une interrogation centrale : celle des logiques d’extraction des ressources et des systèmes d’exploitation du travail. À cette réflexion s’articule une attention particulière portée aux dimensions historiques, mémorielles et politiques des corps exploités, en particulier les corps noirs, dont la contribution aux économies mondiales et à la construction des infrastructures demeure largement invisibilisée. À travers un ensemble de toiles, d'oeuvres textiles et de sculptures, l’artiste élabore un dispositif où les corps, les matières et les environnements entrent en résonance, esquissant les contours d’une « échologie » sensible.
Les peintures prolongent les recherches de l’artiste autour des matières premières, en se concentrant ici sur le charbon et le cobalt dans une perspective à la fois écologique et politique. Les corps bleutés, étendus et absorbés par des amas de matière organique et minérale, semblent se confondre avec leur environnement, jusqu’à dissoudre la frontière entre l’humain et le monde. Le bleu, issu du cobalt, structure l’ensemble comme un langage plastique autonome. À la fois trace des économies extractives, marqueur de violence et signe ambivalent de transformation et de protection, il condense les tensions qui traversent ces œuvres. Dans cette fusion du corps et de la matière, Nkot propose une lecture sensible des rapports entre exploitation des ressources, mutation des paysages et devenir des corps.
Avec cette nouvelle série, l'artiste déplace son travail sur les sacs de jute vers le textile et la forme du drapeau, en accentuant sa dimension politique. Supports de portraits cousus, ces matériaux issus des circuits de circulation des matières premières rendent visibles les logiques économiques globales et leurs conséquences sociales et écologiques.
Par leur matérialité — coutures apparentes, déchirures, superpositions — ces œuvres portent les traces de l’histoire et des conditions d’exploitation contemporaines. Inspirés de textiles traditionnels africains (tels que le Kente, le Faso Dan Fani ou encore le Ntuture) et des couleurs associées aux drapeaux nationaux, ils ne renvoient à aucun pays en particulier, mais interrogent le drapeau comme construction symbolique du pouvoir et de l’identité. Les images et textes sérigraphiés, volontairement fragmentés ou altérés, ouvrent une réflexion sur la mémoire, l’opacité des accords économiques et l’invisibilisation des corps. Réunie sous le titre Behind a Flag, cette série se présente comme un espace de réminiscence critique.
Dans les sculptures en céramique, la recherche de Jean David Nkot prend forme dans le volume et affirme la continuité entre corps et matière. Recouvertes d’un bleu cobalt et marquées par une texture patinée, elles évoquent simultanément la minéralité et une temporalité longue liée aux processus d’extraction. Intitulée www//essorage de Gaïa.com, la série s’inscrit dans une référence à Gaïa, figure de la mythologie grecque incarnant la Terre elle-même, perçue comme entité vivante, nourricière et originelle. À travers cette référence, les sculptures évoquent une terre mise sous tension et transformée par les logiques extractives contemporaines. Les figures, principalement féminines, incarnent cette relation de dépendance et de transformation, où le corps devient le lieu même des pressions exercées sur le vivant.
À Art Brussels, l’exposition monographique de Jean David Nkot se déploie comme un espace de correspondances où chaque médium — toile, textile, céramique — participe d’une réflexion globale sur les relations entre corps, matière et pouvoir. En articulant mémoire historique, critique économique et sensibilité écologique, l’artiste met en lumière les dynamiques invisibles qui structurent notre rapport au monde. Son travail propose ainsi une lecture complexe et incarnée des systèmes contemporains, où les corps — humains comme terrestres — apparaissent à la fois comme sites d’exploitation et comme lieux de résistance. À travers cette « échologie » des formes, Jean David Nkot ouvre un champ de résonance qui invite à repenser les liens profonds entre histoire, matière et vivant.
