Untitled Miami: Miami | États-Unis
Cette année, AFIKARIS réunit quatre artistes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale — Ozioma Onuzulike, Matthew Eguavoen, Saïdou Dicko et Hervé Yamguen — dont les œuvres envisagent le soin comme une force essentielle, reliant les êtres entre eux et au monde qui les entoure.
À travers la sculpture, la photographie et les pratiques mixtes, les artistes explorent les multiples dimensions du soin : protection, solidarité, résilience, mémoire et responsabilité collective. Ancrées dans des expériences personnelles, des traditions culturelles et des relations entre l’humain et le vivant, leurs pratiques révèlent le soin comme un geste transmis de génération en génération, un lien qui soutient les communautés et une manière d’habiter le monde fondée sur l’attention et la relation.
Au fil de la présentation, le soin apparaît ainsi non seulement comme un geste de protection, mais comme une condition partagée de l’existence, où prendre soin de l’autre implique également de prendre soin du monde que nous habitons.
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Ozioma Onuzulike (né en 1972 à Achi, Nigeria ; vit et travaille à Nsukka, Nigeria) revisite le bouclier, symbole puissant et largement présent dans les sociétés africaines. Traditionnellement associé à la défense, à l’identité et à l’appartenance collective, il devient, dans la Shield Series, une métaphore contemporaine de la survie dans un monde fragmenté.
Constituées de perles en coque de noix de palmiste, de structures évoquant la cotte de mailles et de fils de cuivre recyclés, ses œuvres donnent naissance à des formes à la fois fragiles et résistantes. Elles évoquent les liens sociaux qui permettent aux communautés de tenir face aux bouleversements politiques, environnementaux et culturels. Chez Onuzulike, la protection ne relève jamais d’une expérience individuelle : elle prend forme au sein de structures collectives, dans les liens qui unissent les individus et rendent possible leur résistance commune.
Ces liens invisibles prennent une dimension plus incarnée dans le travail de Matthew Eguavoen (né en 1988 à Benin City, Nigeria ; vit et travaille entre la France et le Nigeria). S’inspirant du laamb, la lutte traditionnelle sénégalaise, l’artiste explore la protection à travers les notions de force, de dignité et d’endurance collective.
Parés de tenues cérémonielles et recouverts de terre sacrée, ses lutteurs incarnent une résistance à la fois physique et spirituelle. Si l’arène devient une scène où se jouent des enjeux de reconnaissance et d’affirmation de soi, Eguavoen porte également son regard sur les moments qui précèdent et entourent le combat : la préparation, la concentration, la réflexion et le soutien de la communauté. Ces scènes rappellent qu’aucune lutte ne se mène seul. Soutenue par la culture, l’histoire et la communauté, la protection apparaît ici comme une responsabilité collective, transmise d’une génération à l’autre.
Des formes collectives et intergénérationnelles de protection, la présentation se déplace vers les expériences fondatrices à travers lesquelles le soin se construit dès l’enfance. Saïdou Dicko (né en 1979 à Dori, Burkina Faso ; vit et travaille entre Paris et Ouagadougou) aborde la protection à travers la mémoire et l’expérience de l’enfance.
Nourries de ses premières années passées comme berger peul, ses photographies peintes évoquent des moments de jeu, de complicité et de découverte. Enfants, cousins et amis y apparaissent prenant soin les uns des autres, mais aussi des animaux qui les accompagnent, développant au fil du quotidien un rapport instinctif à la responsabilité et à la solidarité. Ancré dans une mémoire personnelle dont la portée dépasse l’expérience individuelle, le travail de Dicko suggère que la protection s’éprouve bien avant de devenir une valeur sociale : elle se construit d’abord dans les gestes partagés, l’attention portée à l’autre et les liens qui relient les individus à leur environnement.
Cette attention aux relations qui unissent les êtres humains à leur environnement s’élargit encore dans le travail de Hervé Yamguen (né en 1971 à Douala, Cameroun ; vit et travaille à Douala), pour qui la protection dépasse les seules relations humaines.
Ses sculptures en bronze, peuplées de figures hybrides mêlant formes humaines, animales et végétales, célèbrent l’interdépendance de toutes les formes du vivant. À travers des processus de métamorphose et de fusion, Yamguen propose une conception du soin fondée sur la coexistence, dans laquelle l’humanité ne peut être dissociée du monde vivant et spirituel qui l’entoure. Chez lui, la protection de l’un devient ainsi indissociable de celle de tous : prendre soin du vivant revient à reconnaître l’interconnexion fondamentale qui unit les êtres et les formes d’existence.
