Présentation

Kunstverein Wilhelmshöhe à Ettlingen, en Allemagne, accueille l’artiste ghanéen Elolo Bosoka pour sa première exposition personnelle au sein de l’institution. L’exposition réunit une sélection représentative de sa pratique, composée d’installations, de photographies et d’œuvres en techniques mixtes réalisées au cours des dernières années.

 

 

Les œuvres d’Elolo Bosoka réunies dans cette exposition semblent dessiner la cartographie des déplacements de l’artiste au cours des dernières années. Elles tracent un parcours allant de Copenhague à Clermont-Ferrand, puis à Karlsruhe, Kumasi, avant de s’ancrer provisoirement ici, dans cette salle d’Ettlingen. Pourtant, plutôt que de se laisser rattacher à l’un de ces lieux, elles composent une troisième géographie, située entre, d’une part, l’origine très spécifique et le contexte des matériaux ou des impressions photographiques qui les constituent et, d’autre part, la présence physique qu’elles exigent du spectateur dans l’ici et maintenant. On pourrait peut-être décrire cette cartographie comme une manière de regarder le monde depuis le point de vue des choses. Si nous suivons principalement le regard de Bosoka — à travers l’objectif de son appareil photo, le geste du pinceau ou ses mains transformant les matériaux par la chaleur — nous rencontrons aussi des moments où les choses semblent nous regarder en retour, troublant notre perception et racontant leur propre mémoire : celle des collaborateurs anonymes et des lieux qui ont, eux aussi, contribué à leur transformation.

 

Le quotidien constitue sans doute l’un des principaux points d’ancrage de la pratique de Bosoka. Plus de la moitié de son processus de création se déploie probablement hors de l’atelier, dans des gestes ordinaires et des rencontres fortuites. Qu’il s’agisse de choisir ses matériaux en demandant à des habitants leurs anciens sacs de charbon usagés en échange de sacs neufs, de parcourir un territoire inconnu à la recherche de situations photographiques à la composition singulière, ou encore de collecter de vieux tickets et reçus auprès de ses proches, chaque action participe de son travail. Aucun matériau n’est neutre. Elolo Bosoka transforme les traces de l’usage en gestes picturaux. Il aborde l’objet trouvé non pas comme un artiste qui lui attribuerait une fonction ou un sens, mais avec la curiosité de celui qui s’intéresse aux mains qui l’ont manipulé, aux lieux qu’il a traversés et aux marques qu’ils y ont laissées. Son intervention consiste alors à ajouter ses propres gestes entropiques à cette histoire déjà inscrite dans la matière, lui offrant une nouvelle forme.

 

Du point de vue de l’histoire de l’art, Bosoka affirme revenir sans cesse aux questions soulevées dans les années 1960. Son travail explore, prolonge et déconstruit les enjeux de la peinture moderniste tels que formulés par Clement Greenberg, tout en dialoguant avec les problématiques minimalistes de la sculpture, de la matérialité et de la sérialité. La planéité de la surface picturale est tantôt perturbée par les rayures d’anciennes lames de parquet, tantôt prolongée par des éléments du quotidien intégrés à la manière d’un collage, ou encore totalement affranchie de son cadre lorsque des tissus plastiques retrouvent leur matérialité première et se déploient dans l’espace sous la forme de sculptures souples. Les peintures de Bosoka débordent du format traditionnel du tableau pour entrer en relation avec les limites mêmes de l’espace d’exposition, entraînant le spectateur dans leur réalité picturale. Quant au cadre, délesté de sa fonction d’organisation, il acquiert une autonomie nouvelle, oscillant entre élément architectural et forme sculpturale. Évoquant des structures d’échafaudage, il interroge l’échelle de notre corps et sa relation à l’œuvre comme à l’espace qui l’accueille.

 

Par l’opacité de leurs surfaces, les œuvres de Bosoka se soustraient à toute prétention de neutralité. Elles requièrent la présence physique du spectateur pour être véritablement activées. C’est le cas, par exemple, de la structure réticulée de Sabala Kotoku(egbe pour « sacs à oignons »), qui oblige le regard à choisir entre les milliers de minuscules cadres à travers lesquels apparaissent, de manière floue, les œuvres et les silhouettes situées derrière elle, ou à se fixer sur cet arrière-plan fantomatique, transformant alors la matière orange en un vaste champ chromatique immatériel qui se superpose à l’espace. Dans Painterly Objects, c’est la fluidité entre la réalité photographiée et la surface peinte qui est mise en jeu : notre réalité matérielle semble s’infiltrer dans ce que nous supposons être une scène trouvée ailleurs.

 

Nous sommes invités à pénétrer dans cette réalité potentielle, sans jamais savoir si nous nous tenons devant une peinture, en équilibre sur sa surface, ou si nous dérivons déjà à travers les atomes de ses pigments.

 

Curation: Hendrick Hoffarth et Emma Rumpf

Vues d'exposition : ©Elolo Bosoka

 

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