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POUR L’ÉDITION 2026 DE LA FOIRE, AFIKARIS PROPOSE UN STAND OÙ L’EXPÉRIMENTATION DES MATÉRIAUX DEVIENT UN MOYEN D’EXPLORER DES RÉCITS SPIRITUELS ET CULTURELS. À TRAVERS LA FUMÉE, LA FIBRE, L’ARGILE, LE BRONZE ET LE PASTEL, LES ARTISTES TRADUISENT DES SYSTÈMES DE CROYANCES IMMATÉRIELS EN FORMES VISUELLES PUISSANTES.
Le travail de Géraldine Tobe puise dans des histoires à la fois intimes et collectives liées aux spiritualités de la République démocratique du Congo. Après avoir brûlé ses toiles au début de sa carrière, l’artiste développe une pratique picturale singulière dans laquelle elle utilise la fumée d’une lampe à huile comme matière et outil de dessin, transformant le feu et la suie en instruments de création. Le geste pictural acquiert ainsi une dimension rituelle, établissant un lien entre le monde visible et l’univers invisible des esprits.
Ses compositions font régulièrement apparaître des corps fragmentés, des figures en mouvement et des masques africains, donnant forme aux tensions entre cosmologies ancestrales et doctrines chrétiennes imposées au cours de la période coloniale. Par la fumée, Tobe fait émerger des images chargées de symboles, qui convoquent le traumatisme, l’exorcisme et la résilience. Sa pratique envisage ainsi l’art comme un espace spirituel de transformation et de guérison.
Cette série de Mathew Eguavoen s’ancre profondément dans la symbolique du laamb, la lutte sénégalaise. Parés de leurs tenues traditionnelles, les lutteurs, dont les corps brillent sous la terre sacrée qui les recouvre, incarnent une force à la fois physique et spirituelle. L’arène devient alors un microcosme du monde, une scène où les corps africains affirment leur place, leur dignité et leur humanité.
Chaque œuvre de cette série restitue la tension, le mouvement et l’énergie du combat, tout en accordant une place aux moments plus silencieux qui l’entourent : préparation, concentration, attente et rassemblement. Ces instants soulignent que le combat ne se vit jamais seul. Il est collectif et intergénérationnel, intimement lié à la terre, à la culture et à l’histoire qui en constituent le socle.
Les reliefs et installations sculpturales d’Eva Obodo prennent forme à travers des gestes d’enveloppement, de ligature et d’assemblage du charbon et de la fibre. Ces gestes font écho à des pratiques rituelles de nouage, de tressage et de liaison présentes dans de nombreuses cultures, tout en renvoyant aux systèmes économiques et écologiques liés à l’exploitation des ressources naturelles.
Issu de la combustion, le charbon porte en lui une double dimension de transformation et d’épuisement, faisant résonner l’œuvre avec les histoires environnementales et industrielles du Nigeria. Les assemblages d’Obodo deviennent ainsi des métaphores de réseaux humains interdépendants — communautés, routes commerciales, circulations et échanges culturels. À partir de matériaux modestes, l’artiste compose des structures symboliques qui rendent perceptibles les liens invisibles unissant les individus à des histoires collectives.
Pour Ozioma Onuzulike, l’argile est bien davantage qu’un simple matériau : elle constitue une matière symbolique profondément ancrée dans les cosmologies africaines. Ses œuvres prennent souvent la forme d’accumulations de petites unités produites par des gestes répétitifs — pilonner, broyer, pétrir, façonner puis cuire — qui convoquent à la fois les savoir-faire artisanaux et les processus rituels de transformation.
L’argile devient le lieu d’une tension entre fragilité et permanence. Chez Onuzulike, la matière semble elle-même porteuse d’une mémoire culturelle, comme une archive silencieuse où s’inscrivent les traces de bouleversements politiques, de difficultés économiques et de trajectoires de résilience. Le geste répétitif et l’accumulation donnent ainsi à la matière une dimension à la fois physique, historique et mémorielle.
Les peintures de Nasreddine Bennacer évoquent les jardins légendaires de Babylone, associés au mythe antique des Jardins suspendus. Plutôt que de chercher à reconstituer une architecture historique, l’artiste cultive l’ambiguïté : fragments de colonnes et vestiges architecturaux se dissolvent dans une végétation luxuriante, modelée par de forts contrastes de lumière et d’ombre.
Dans ces paysages à la dimension onirique, le mythe prend le pas sur la preuve historique. Les jardins imaginés par Bennacer deviennent la projection d’un désir intemporel d’harmonie et de beauté, qui persiste jusque dans les contextes marqués par les conflits contemporains des territoires historiquement liés à la Mésopotamie. Ses œuvres se déploient ainsi comme des espaces poétiques où le mythe établit un dialogue entre passé et présent.
Les sculptures en bronze d’Hervé Yamguen donnent forme à des figures hybrides, à la frontière de l’humain, de l’animal et du végétal. Ces êtres en métamorphose font écho à des traditions mythologiques dans lesquelles les frontières entre les espèces s’effacent, suggérant une cosmologie fondée sur l’interdépendance de toutes les formes du vivant.
Nourrie par plusieurs décennies d’expérimentations à travers les arts visuels, l’écriture et la performance, la pratique de Yamguen invite à envisager une forme d’unité écologique et spirituelle élargie. Ses sculptures mettent en scène des transformations symboliques et célèbrent la vitalité du vivant, tout en proposant une vision du monde fondée sur l’émerveillement, la coexistence et la porosité entre les êtres.
À travers des œuvres multidimensionnelles, Mouhcine Rahaoui explore la mémoire stratifiée des mineurs qui a façonné Jerada, sa ville natale. Les récits, les gestes et les témoignages transmis par son père, ancien mineur, ainsi que par sa communauté, ont profondément marqué sa pratique artistique.
Rahaoui donne corps à ces souvenirs en les transformant en matière : charbon, corde, cire, bougies et fragments du quotidien deviennent les éléments d’une mine réinventée. Par le recours à l’abstraction, l’artiste marocain ne cherche pas tant à représenter la mine qu’à en exhumer la mémoire. Il fait affleurer la présence de celles et ceux qui y ont travaillé — et y travaillent encore —, laissant leurs traces persister, hanter et habiter la matérialité même de ses œuvres.
Galerie AFIKARIS
Stand E16
15 -18 octobre 2026
Somerset House
Strand, WC2R 1LA Londres
