Nos géographies intimes: Hervé Yamguen
L’exposition naît d’une interrogation à la fois intime et universelle : de quoi sommes-nous faits ? Pour Hervé Yamguen, un être humain ne se résume jamais à ce que le regard peut saisir. Chacun porte en soi des paysages, des souvenirs, des blessures, des rêves. Les lieux traversés demeurent en nous, tout comme les histoires familiales, les expériences singulières et les bouleversements collectifs qui façonnent, souvent silencieusement, notre manière de percevoir le réel.
À l’occasion de sa deuxième exposition personnelle à la galerie AFIKARIS, Hervé Yamguen présente Nos géographies intimes, un ensemble de dessins, peintures, sculptures en bronze et masques en bois qui prolonge une réflexion essentielle dans son œuvre : celle des forces visibles et invisibles qui participent à la construction de notre être et de notre manière d’habiter le monde.
L’exposition naît d’une interrogation à la fois intime et universelle : de quoi sommes-nous faits ? Pour Hervé Yamguen, un être humain ne se résume jamais à ce que le regard peut saisir. Chacun porte en soi des paysages, des souvenirs, des blessures, des rêves. Les lieux traversés demeurent en nous, tout comme les histoires familiales, les expériences singulières et les bouleversements collectifs qui façonnent, souvent silencieusement, notre manière de percevoir le réel. L’identité apparaît alors comme une cartographie en mouvement, faite de strates et de correspondances, où l’intime entre en résonance avec ce qui l’entoure. Comme l’écrit l’artiste dans La fenêtre de mes rêves :
« Les paroles dressent
Devant nous
Un grand miroir
Où des visages, des souvenirs,
Des paysages défilent. »
La parole devient ici un territoire. Car si le visage donne à voir une présence, il ne révèle jamais entièrement ce qui constitue un être. L’importance des mots s’enracine dans l’expérience même de l’artiste. Dans les rituels, les chants et les récits transmis au sein de la chefferie où il est notable, la parole devient un lien avec la terre, les plantes, les ancêtres et l’ensemble du vivant. Ils s’inscrivent en lui comme des vibrations intérieures qui, plus tard, trouvent leur chemin dans ses œuvres.
Artiste pluridisciplinaire, Yamguen est avant tout un poète. La poésie constitue le cœur de son expression, quelle que soit la matière qu’elle emprunte. Peinture, dessin et sculpture deviennent autant de langages pour accueillir ce que les mots font naître. Et si le langage ouvre une porte vers cet invisible vécu, les personnages hybrides de l’artiste lui donnent corps. Visages, silhouettes, arbres, oiseaux et éléments végétaux se mêlent sans jamais tout à fait se confondre. Loin d’une représentation fixe de l’identité, ces êtres semblent traversés par le temps et leur environnement. Leur apparence porte la mémoire des saisons, des rencontres et des expériences. « Ils sont comme des arbres, explique l’artiste. Les saisons changent les arbres. »
Nourrie par les cosmologies africaines, la pensée animiste et la philosophie de l’Ubuntu — « Je suis parce que nous sommes » —, l’œuvre de Yamguen affirme que l’existence se construit dans la relation. L’humain n’y apparaît jamais séparé du vivant, mais comme l’une de ses multiples expressions, traversé par les mémoires de celles et ceux qui l’ont précédé autant que par ce qui l’entoure. Chez Yamguen, la présence des ancêtres est essentielle. Ils ne sont pas envisagés comme des figures appartenant au seul passé, mais comme des êtres toujours agissants. Chaque personne entre dans une existence qui la précède : des savoirs ont été transmis, des gestes appris, des récits confiés, une culture reçue.
Comme dans l’oeuvre Lieu-racine en soi, l’arbre devient une métaphore de l’identité et de la transmission. Sous la terre, les racines portent ce qui précède ; au-dessus, les branches s’ouvrent vers les devenirs possibles. Les visages qui se déploient dans la cime évoquent la multiplicité des présences qui composent un être, tandis que l’oiseau, en son cœur, rappelle que l’ancrage peut aussi être un élan. L’arbre devient alors une image de l’existence elle-même : un être relié à ses origines, mais ouvert aux chemins qui restent à parcourir. L’identité se construit dans la durée, par sédimentation autant que par déplacement. Elle est héritage et devenir, mémoire et projection.
Ce principe de passage se retrouve dans les matériaux et les techniques. Les masques en bois dialoguent avec les sculptures en bronze réalisées à Foumban selon la technique de la cire perdue, faisant se rencontrer des savoir-faire ancestraux et une écriture résolument contemporaine. Les dessins donnent naissance aux volumes, les volumes prolongent les peintures ; chaque médium semble poursuivre le précédent, comme si une même respiration circulait d’une matière à l’autre.
Les lieux participent eux aussi à cette géographie sensible. Une maison d’enfance, un territoire quitté volontairement ou sous la contrainte, une terre que l’on découvre ou que l’on perd : chacun de ces espaces laisse une empreinte. Les lieux deviennent des réservoirs de mémoire, habités longtemps après leur éloignement. Mais les géographies intimes ne sont jamais séparées de la réalité collective dans laquelle elles prennent naissance. La série Conscience agro-poétique prolonge cette réflexion en invitant à prendre la mesure des interdépendances qui relient l’humain, l’animal, le végétal et le cosmos. À rebours d’une époque fondée sur la séparation et la domination, l’artiste imagine une relation plus hospitalière au vivant, dans laquelle l’art pourrait contribuer à renouer les fils qui unissent les êtres.
« C’est à partir de la fenêtre
De mes rêves
Et de ce qui m’arrive
Quand je parcours
Les sentiers de nos souffles en lutte
Que j’accueille et dessine
Des signes et les arbres
Dans le cahier de nos géographies intimes. »
L’exposition devient ainsi un espace de résonance où les œuvres n’offrent pas seulement des images à contempler, mais des territoires sensibles à parcourir. Elles invitent chacun et chacune à reconnaître les paysages qui l’habitent, les présences qui l’accompagnent et les traces qui ont façonné son histoire. Elles rappellent que l’intime n’est jamais une île : il est traversé par les autres, par les lieux, par les héritages, par les mouvements du monde.
Peut-être est-ce alors, selon les mots de l’artiste, une manière de « tenir son cœur en beauté entre ses mains », afin que « la bonté fasse briller son étoile au milieu des flots furieux du temps qui passe ».
-
Hervé Yamguen, Des mondes et des récits en nous, 2026 -
Hervé Yamguen, Danser les hauts, les bas, 2026 -
Hervé Yamguen, Nos espaces de beautés, 2026 -
Hervé Yamguen, Visages dedans - dehors, 2026 -
Hervé Yamguen, Presences ancestrales, 2026 -
Hervé Yamguen, Nous sommes nature 2, 2025 -
Hervé Yamguen, D'ombres et de lumières, 2026 -
Hervé Yamguen, Afin que nos vies comptent, 2026 -
Hervé Yamguen, Du dedans vers dehors, 2026 -
Hervé Yamguen, Talents - Dehors, 2025 -
Hervé Yamguen, De beauté et de bonté, 2024 -
Hervé Yamguen, Multiples presences, 2026 -
Hervé Yamguen, Visages et corps de nuit, 2026 -
Hervé Yamguen, Conscience agropoetique, 2026 -
Hervé Yamguen, Visages et corps de nuit, 2026 -
Hervé Yamguen, Présence à l'aurore, 2025 -
Hervé Yamguen, Nous sommes nature 5, 2025 -
Hervé Yamguen, Coeur mystique, 2025 -
Hervé Yamguen, Demeure solitude, 2026 -
Hervé Yamguen, Humanité souffrante, 2023 -
Hervé Yamguen, En quête du feu vital, 2026 -
Hervé Yamguen, Hurler à la lune, 2026 -
Hervé Yamguen, Poisson - lecteur, 2026 -
Hervé Yamguen, Voyage en reve, 2026
